de là, je ne pars jamais tout à fait.
"la sauvagère", c'est la maison qui m'a vu grandir, tous mes étés.
ses murs qui agrippent les plus petits rayons de soleil.
une chauve souris cramponnée sous le toît.
des libellules qui dansent d'iris en lilas.
sous le marronier, le banc tout blanc qui écoutera les rideaux de pluis battante tomber, en douceur, près du puits.
sur les marches, des couleuvres se déroulent et s'en vont doucement disparaitre dans le lierre.
les greniers, les loirs y font leurs nids de sommeil d'hiver.
les abeilles nous préparent leur nectar derrière les pins. lorsqu'elles seront essoufflées, nous les ravitaillerons en plein vol.
le feu s'allume dans des âtres pour théâtre lumineux en soirées tamisées, parfums des bois dans la braise.
les buses y laissent leurs plumes dans les hautes herbes .. je suis apache.
sa vallée tout autour donne pommes, pêches, cerises, prunes, mirabelles, fraises des bois, groseilles.
un hamac pour se balancer de feuilles de vignes en fenêtres ...
j'y ai appris la vie, la maladie, la mort, des fou-rires, le poker, l'apiculture (h

appy), les mauvaises herbes bonnes à déguster, les bonnes herbes à faire pousser ..
appris à lire, à compter, à faire des photos sans le savoir.
appris à compter fleurette aux arbres, à raconter mes histoires aux êtres chlorophylle.
j'ai su que les parfums de toutes choses en disaient au moins autant que leurs apparences.
j'ai scruté les dilatations des secondes, l'écoulement du temps entre les doigts, surtout dans le bonheur, si vite. si lent dans les devoirs de vacances !
j'ai écouté les petits bruits de chaque pièce comme les voix des personnes que l'on aime.
plus tard, j'ai su que ma pratique enfantine de la vie s'apparentait bizarrement à l'
animisme .. donner vie et caractère à tout et rien .. c'est sans doute ce que l'on fait lorsque l'on est enfant "unique" .. même aimé, choyé, un vide demeure, sans doute .. alors "animer" le décor, ça fait du monde, oui !
on ne se remet jamais de ça, on garde et on arpente encore les marches qui mènent au paradis perdu .. pour le retrouver, oui, pas assez, sûrement, mais deux jours en enfance donnent des forces à rallonges pour des mois, des années.
aujourd'hui, je ne suis plus une enfant .. mais je fais des photos comme je rêve .. ça aide, et puis ça remercie "la sauvagère".