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... quand la lumière fait défaut, les mots font photosynthèse ..
Mercredi 20 août 2008



A contre-courant d'air, j'ai quitté mes terres pour rejoindre des îles.
Les nuages s'égrainent, goutte-à-goutte aérien sur azur.
Retrouver un peu de cet or qui court dans les champs, soufflé par les
herbes hautes.
Les rivières charrient l'hiver jusqu'aux premières heures du
printemps, brunes, lourdes .. un reflet bleu d'air, et le courant
emporte avec lui le froid, l'absence, le plafond bas et la nuit des
goûters siesteux.
Errer d'arbre en arbre, s'écorcher l'enfance aux écorces friables.
Fragile. Les serrer fort entre mes bras .. je n'oublie pas mes
promesses, ni les leurs. Dire merci, et s'en aller.
On ne se rappelle pas de ce qui nous hante ... ma maison me hante; ne
pas me demander si je m'en souviens, elle est dans ma tête, du fond de
mon âme jusqu'à la surface. La solitude en enfance est un long voyage
dont on ne revient jamais. La solitude en enfance, c'est mijoter,
c'est se faire, s'éprouver un peu au milieu des éléments; avoir peur,
mais envie de ces forêts qui palpitent au moindre vent. C'est se
forger des arcs de noisetier. Se laisser aller vers les ombres contre
le mur brûlant. Se fondre dans les couleurs, s'imprégner de la
lumière, l'éponger comme on respire de l'oxygène, s'en remplir les
yeux comme on boit cul sec, jusqu'à plus soif. S'accorder la nuit
juste pour le manque d'elle. Se ravitailler à la lune, siroter ses
lueurs et fermer les yeux.
Ca grouille sous les paupières. Je vois rouge. La sève monte au moral.
Pulsations saccadées. Eveil.
Mes bagages sont prêts, j'ai bien réfléchi, je vais y aller, en finir
enfin avec les devoirs. Après, il faudra me laisser en paix, me
laisser divaguer, rêver .. et peut-être en faire des photographies, si
la lumière ... si la lumière ... sinon tant-pis. Eclore.

(25 mars 2006)
Par sous les paupières
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Jeudi 13 décembre 2007
je vous embrasse, en passant
repassant mes souvenirs froissés
lissant les rêves frippés
reprisant des visions trouées
et tant qu'à faire, j'épluche cette marguerite qui n'aime qu'un peu.
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Dimanche 12 novembre 2006
 « Le temps sera gris, aujourd’hui, sur toute la moîtié nord du pays. Il pleuvra sans discontinuer, avec un léger vent. Les températures iront de 5° le matin à 12° au meilleur de la journée. »

Le temps est à l’heure d’octobre, tu sais .. avec ce ciel si lourd que tu as peur de ne pouvoir respirer .. cette chappe s’abat sur toi et tu crois que tu ne fera plus un seul pas .. de ce gris si triste qu’il rappelle que la vie s’achève doucement, l’été a expiré, la mort arrive à pas feutrés, elle se fera brutale aux premières neiges. La pluie et le vent te glacent jusqu’aux os, les arbres se dénudent, ils font pitié. On pense à sa tristesse … inconsolable .. le printemps ne reviendra pas, nous ne nous reverrons plus.

Le temps est à l’heure d’octobre, tu sais, avec son ciel bas, qui glisse, qui va plus vite que ton pas .. de ce gris qui rappelle la houle de la mer en hiver, avec un peu de vert entre les vagues .. pour un peu, tu prendrais le vent pour la houle, et les feuilles qui roulent pour des mouettes en ballet. Mais le parfum de la terre mouillée te ramène au sol, et tu comptes les gouttes d’eau sur ton manteau noir, comme des perles qui s’égrainent, comme pour te dire que bientôt, tu compteras des flocons, et ce sera joli, doux et frais. Les arbres donnent des ocres rouges, des oranges qui se déclinent jusqu’à donner soif de clémentines. On pense à sa chance ; le spectacle est permanent et la vie est belle avec toutes ses palettes … viens voir ..
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Mercredi 4 octobre 2006








j'ai trempé mon doigt dans l'encrier
de rosée j'ai glissé sur le carreau
une forme en fleur, à fleur de coeur
pique et pique et colle à l'âme
un deux trois pareil
au même
eveil.
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Mardi 26 septembre 2006

elle conduisait une 2CV grise un peu bleutée ... assise à l'arrière, à chaque tournant, je chavirais et faisais du trempoline, pour la faire rire, pour ajouter la note de mes éclats à ses moments pétillants.
mais rien ne valait les nids de poule de cette petite route qui reliait les deux villages, à travers champs.
"lundi matin, le roi, sa femme et le petit prince-heu, sont venus chez moi, pour me serrer la pince-heu ! comme j'étais parti, le petit prince à dit : puisque c'est ainsi nous reviendrons mardi ! mardi matin, le roi, sa femme et le petit prince-heu, sont venus chez moi ... (ad lib)"
.. ad lib sur le petit chemin ... entre les coupelets, elle m'a appris les champs, ce qu'il poussait à perte de vue ... "tu vois, les herbes blondes et barbues c'est l'avoine" .. oui, les champs barbus qui dansent avec le vent, qui font de la soie sous le soleil, c'est l'avoine. "et puis là, avec un peu de vert, c'est l'orge" .. oui, l'orge ça rappelle qu'il y a de l'eau sous terre, c'est tout sec, mais ça fait comme une impression d'eau en plein cagnard. "et ici, c'est grâce à ça que tu manges du pain ! c'est le ? le ? le blé, oui !". incroyable découverte, inimaginable, à l'âge de haute comme 3 pommes de visualiser du pain dans ces gerbes hautes ... et inversement !  elle m'a donné cette conscience du vivant, de la densité des choses, quand ça pousse, quand ça grandit, avec tous les cycles, des plus gais aux plus tristes. et puis non, ce n'est pas triste, c'est cyclique, alors c'est fait comme ça, et puis voilà.
aujourd'hui, elle n'a plus toute sa tête, mais elle la retrouve toujours quand je lui chante nos souvenirs, et la petite route qui cahote de gondreville ... et puis elle dit "oui, c'était bien" ... et puis je ravale mes larmes et je lui souris. je ne lui dirai pas que la petite route a été un peu élargie et que c'est comme un grand tapis noir et lisse ... je ne lui dirai rien, puisque sur le goudron tout neuf, je sens encore les fantômes des nids de poule excatement là où ils étaient en 1974.
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Jeudi 24 août 2006
de là, je ne pars jamais tout à fait.
"la sauvagère", c'est la maison qui m'a vu grandir, tous mes étés.
ses murs  qui agrippent les plus petits rayons de soleil.
une chauve souris cramponnée sous le toît.
des libellules qui dansent d'iris en lilas.
sous le marronier, le banc tout blanc qui écoutera les rideaux de pluis battante tomber, en douceur, près du puits.
sur les marches, des couleuvres se déroulent et s'en vont doucement disparaitre dans le lierre.
les greniers, les loirs y font leurs nids de sommeil d'hiver.
les abeilles nous préparent leur nectar derrière les pins. lorsqu'elles seront essoufflées, nous les ravitaillerons en plein vol.
le feu s'allume dans des âtres pour théâtre lumineux en soirées tamisées, parfums des bois dans la braise.
les buses y laissent leurs plumes dans les hautes herbes .. je suis apache.
sa vallée tout autour donne pommes, pêches, cerises, prunes, mirabelles, fraises des bois, groseilles.
un hamac pour se balancer de feuilles de vignes en fenêtres ...
j'y ai appris la vie, la maladie, la mort, des fou-rires, le poker, l'apiculture (h appy), les mauvaises herbes bonnes à déguster, les bonnes herbes à faire pousser ..
appris à lire, à compter, à faire des photos sans le savoir.
appris à compter fleurette aux arbres, à raconter mes histoires aux êtres chlorophylle.
j'ai su que les parfums de toutes choses en disaient au moins autant que leurs apparences.
j'ai scruté les dilatations des secondes, l'écoulement du temps entre les doigts, surtout dans le bonheur, si vite. si lent dans les devoirs de vacances !
j'ai écouté les petits bruits de chaque pièce comme les voix des personnes que l'on aime.
plus tard, j'ai su que ma pratique enfantine de la vie s'apparentait bizarrement à l'animisme .. donner vie et caractère à tout et rien .. c'est sans doute ce que l'on fait lorsque l'on est enfant "unique" .. même aimé, choyé, un vide demeure, sans doute .. alors "animer" le décor, ça fait du monde, oui !

on ne se remet jamais de ça, on garde et on arpente encore les marches qui mènent au paradis perdu .. pour le retrouver, oui, pas assez, sûrement, mais deux jours en enfance donnent des forces à rallonges pour des mois, des années.
aujourd'hui, je ne suis plus une enfant .. mais je fais des photos comme je rêve .. ça aide, et puis ça remercie "la sauvagère".


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Samedi 12 août 2006
un matin .. un rai de soleil transperce les persiennes .. aigu, petit filet noir qui fait danser la poussière comme des lucioles, des petites fées qui ouvrent les yeux et l'esprit .. c'est ça la petite magie .. et on prie pour que ça dure toujours .. on espère que si un seul sens nous reste, ce soit la vue .. pour les contes qu'on se fabrique, de jour comme de nuit .. alors on écrit, on photographie, et parfois on garde tout, "pour plus tard" ... je préfère "ici et maintenant".


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Vendredi 11 août 2006
.. et puis le silence ..
rien que le chant du soleil qui effrayait la brume ..
rien que des accolades entre parenthèses pour se serrer
ailleurs ..
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Jeudi 10 août 2006
Tu sais comment c'est la nuit ...
Le noir et les souvenirs qui caressent les blessures, les craintes se changent
en terreurs et les petits frissons en grands.
Les larmes et le creux des reins jouent la même corde sensible.
Moi, je sais que cette nuit est une machine à voyager dans le temps. Un
jour, on croit que le rêve est vieux d'un an .. mais on se croit au lendemain.
Merci le boomrang, ça fait mal, mais c'est rien, c'est que le coeur bat encore
bien vite et que les seuls tic-tac de mon horloge, c'est comment je respire, en
apnée, le temps suspend mon vol ..



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Jeudi 10 août 2006
les corneilles et les mouettes crayonnent un ballet noir et blanc dans la bourrasque .. un coup de feuillage, et le ciel ardoise repart à zéro ... les corneilles et les mouettes donnent du ressac par delà les nuages ... le froid souffle, attend contre la vitre.


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